Transformations

Nicolas Baier


Un jeu dialectique entre la genèse et l’aboutissement, l’espace et le temps, le réel et le virtuel, le hasard et la nécessité, le visible et l’invisible, la nature et la culture, l’univers et sa représentation, l’œuvre et le regardeur et même les mondes extérieurs et intérieurs, marque la plupart des pièces de ma production récente.


L’idée du temps et de transformation définit l’axe central de ce corpus. La forme, ses mouvements et ses mutations dans la fluidité temporelle, obsèdent l’art, la science et la pensée depuis toujours. Forme et transformation fédèrent conceptuellement le philosophe, le mathématicien comme l’artiste, comme cet artiste qui construit, détruit et reconstruit.


Le temps permet d’appréhender la perpétuelle transformation du monde. La belle et troublante définition du Robert fait du temps ce «milieu indéfini où paraissent se dérouler irréversiblement les existences dans leur changement, les événements et les phénomènes dans leurs successions». La notion de temps, dit Augustin, «n’est pas un objet de notre savoir, mais une dimension de notre être».


Le corpus propose des variations imaginatives et concrètes autour de cette imparable réalité de la mutation constante des êtres, des choses, des idées, des signes et du sens. Ces transformations fournissent une sorte de tableau différencié de la métamorphose. Ces œuvres se positionnent entre l’empirisme le plus basique et l’axiomatisation pure pour proposer une exploration réelle et imaginaire, palpable et conceptuelle de l’univers, du commencement et des fins, du permanent et du changement dans le temps.


Étoile (noire), les traces d’un objet qui n’est plus présent :


















Ces questionnements fondamentaux, orbitent autour de la pièce Étoile, œuvre centrale et emblématique d’une exposition proposée à la Galerie Jessica Bradley, à Toronto. L’œuvre sombre reproduit une météorite à grande échelle. Le nodule d’origine, en graphite, un allotrope du carbone (comme le diamant), à l’éclat submétallique, provient du célèbre  Canyon Diablo, en Arizona, aux USA, et a été scanné en 3D, puis agrandi à l’ordinateur et reproduit en stéréolithographie. La surface de la sculpture est en poussière de graphite commercial.


La terre est constamment frappée par des météorites. Une hypothèse tenace place les météorites dites carbonées, des résidus de noyaux de comètes, à l’origine de la vie. Ces pierres originelles âgées de milliards d’années, contiennent des acides aminés, ces molécules élémentaires du vivant sur Terre. Cette masse sombre peut donc évoquer l’univers, mais aussi les origines de la création.


Au fond, cette Étoile rappelle la seule et unique réalité quasi éternelle de notre continuum d’espace-temps. À l’échelle cosmologique, tout passe et vite, y compris et surtout les traces humaines, y compris l’art. Ce qui perdure par contre, c’est la transformation infinie et incessante des êtres et des choses. Le monde de l’art n’est pas celui de l’immortalité, dit une observation célèbre d’André Malraux, c’est celui de la métamorphose. La mutation seule ouvre vers la longue durée. Cependant, si cette Étoile concentre cette notion fondamentale, la météorite inspiratrice n’est pas «documentée» dans l’œuvre : elle est transformée par elle. Le changement de volume et le grand socle de métal référant aux traces ferreuses de l’objet original, veulent d’ailleurs rendre plus évidentes cette idée de la mutation créatrice.


Monochrome (Noir) :



















Pour étudier la composition et découvrir l’origine précise d’une roche extraterrestre, depuis les études pionnières de Jean-Baptiste Biot au début du XIXe siècle, les savants écrasent des fragments et les réduisent en poudre.

La même transformation permet de comprendre un peu mieux le Monochrome (Noir) peint à l’aide de la réduction en poudre du véritable nodule de météorite qui a lui-même servi de modèle pour l’Étoile. Cette toile ne documente pas plus la météorite : elle aussi la transforme; elle aussi lui fait subir une mutation radicale.


Le faux-cadre ovale, oblong, je l’ai choisi en pensant à l’image prise il y a deux ou trois ans par le télescope spatial Planck, et qui montre à voir l’Univers entier. La prouesse de cet engin était de scanner 24h sur 24, à 1,5 millions de KM de la terre, le ciel entier, en recueillant les traces des rayonnements fossiles, ce témoignage exceptionnel du big bang, infimes, extraordinairement difficile à capter, avec son télescope infrarouge. Il se trouve que pour une raison qui m’est inconnue, cette image du cosmos, était ovale.


J’ai donc peint l’Univers avec de la poussière d’étoile. Mon premier monochrome.


La question qui me hantait quand je pensais à ce tableau et à cette sculpture, était : «mais où est donc le météorite maintenant?»  La réponse d’un ami philosophe, Nathan Brown : «L'objet n'est nulle part présent, mais il est néanmoins plus grand que jamais et en plein milieu de la pièce. Il est devenu la cohérence de sa construction technique, et la cohérence de cette construction circule par conséquent tout au long du devenir de ses traces. L'objet, qui n'existe ni ici ni là comme une localisation simple — mais est plutôt modulé dans et à travers une série de transformations particulières — est devenu la résonance transversale de leurs reliquats différentiels».


À noter qu’avec la poussière du nodule original, j’ai réussi à peindre 2 tableaux de même formes et dimensions. Le second fut par ailleurs produit avec un pistolet aérographe plutôt qu’avec un pinceau. Je trouvais plus approprié d’utiliser cet outil qui fait percuter le matériau sur la toile, comme le météorite sur le sol.














Satellite et Satellite 2, Un coup du hasard :













Quand les outils ne s’occupent plus seulement d’être le prolongement de la main, mais accompagnent tout aussi bien l’objet de la pensée.


La métamorphose se poursuit avec Satellite et Satellite 2 . Ces photos reproduisent du matériel courant d’un atelier de peinture, une palette et un récipient. Cette palette d’artiste et cette assiette gardent des traces de la réalisation du Monochrome peint à l’aide de la réduction en poudre du véritable météorite qui a lui-même servi de modèle pour l’Étoile. Une part de «hasard objectif» comme l’aurait dit André Breton explique la formation de ces images «trouvées» puis retravaillées, métamorphosées.


Le diptyque rappelle les cratères d’impacts et leurs conséquences sur la surface d’une lune ou d’une planète. Du même coup, cette allégorie de l’aléatoire, de la destruction et de la recomposition inscrit dans le sujet de l’œuvre le principe de la transformation. Cette étrange autosimilarité s’amplifie avec la reproduction et la manipulation photographique d’outils de création ayant en quelque sorte eux-mêmes suggéré l’épine dorsale du projet.


Satellite 2 évoque la face visible de la lune et les représentations cartographiques et toponymiques de notre satellite. La sélénographie passionne les artistes et les savants depuis l’Antiquité. Le premier dessin de la lune basé sur des observations, celui de William Gilbert, a maintenant quatre siècles et l’astrophotographie plus de cent ans. Satellite fait plus penser aux astroblèmes terrestres, ces vestiges de collisions cosmiques fossilisés, souvent érodés et recouverts de sédiments.


Impact :
















L’œuvre Impact poursuit dans cette veine conceptuelle de la destruction en reproduisant la trace laissée par un coup de poing, le mien, dans un mur de gypse de mon bureau. Son titre, son sujet, peut évoquer les cratères plus ou moins importants formés par l’écrasement de ces fascinantes pierres interstellaires. Notre planète subit la chute d’une dizaine de tonnes de matières extraterrestres par jour, surtout de la poussière, en fait. Très rarement, certains objets atteignent le sol. L’énergie alors libérée peut entraîner des bouleversements révolutionnaires, modifier le climat, anéantir une partie de la vie, comme la fin du Crétacé. L’univers donne, l’univers reprend, et tout se transorme.


Vanités (Miroir cassé) :
















Cette séquence se ferme sur l’effet d’une autre destruction, cette fois sur un miroir. Les traces complexes et réticulaires de cet impact ont été scannées,  adapter en vecteurs numériques, redécoupées au jet d’eau à l’identique dans du miroir, ciselées patiemment comme un bijou, avec des coupes dignes d’un atelier lapidaire diamentaire, 30 000 lignes dans 2 pouces de longueur...


Cette œuvre multiplie de complexes oppositions. Elle se présente comme la copie d’une matière à copier, la cristallisation d’un moment-événement, la fixation créatrice, au terme de centaines d’heures de travail, d’une micro-seconde destructrice. Elle devient même la mise en abyme d’une allégorie de l’impossibilité de refléter parfaitement le monde.


L’œuvre s’intitule Vanités, au pluriel. Exactement comme cette série composée de reflets de vieux miroirs numérisés et recomposés en une grande juxtaposition chorale que j’ai réalisé en 2008, et comme le bureau de nickel exposé chez René Blouin, en février 2012.


Le titre pointe également vers une certaine fierté excessive, un amour-propre frivole, que stimule les bijoux et les miroirs. L’œuvre remet ainsi en mémoire ces compositions allégoriques anciennes évoquant la nature vaine de la vie humaine et des biens terrestres, à commencer par l’or évidemment, dont l’image déformée de cette pépite que reflétait constamment Vanités dans la galerie. Aussi rare, estimé, adoré, cette «larme du soleil» suscite la fascination et stimule les convoitises depuis toujours. Sa recherche a engendré l’exploration et l’exploitation de l’Amérique post-colombienne, jeter des millions de personnes en esclavage. Le métal des rois est aussi le moteur des peuples. Derrière sa beauté se cache toutes les laideurs du monde immonde.


De même, cette déclinaison onirique, continue à rechercher des traces poétiques dans un banal objet du quotidien, comme la sélection précédente poursuivait l’interrogation onirique et paradoxale du réel jusqu’aux confins de l’univers, comme la section suivante la repousse jusque dans les entrailles de la terre.


Pépite














L’or, tout comme les météorites (mais pour des raisons opposées), agit tel un matériau/acteur fétiche de cette série. La pépite d’or natif de la section suivante, cette autre masse minérale d’origine spatiale, se veut le pendant lumineux de l’œuvre sombre baptisée Étoile.


Cette réalisation provient d’un système de dons, d’échange et de contre-dons mis en place autour d’amis et de connaissances. La transformation, encore une fois. Les objets reçus, surtout des bijoux, ont été fondus et coulés puis façonnés par un orfèvre professionnel sous la forme d’une pépite «native». Si la série précédente s’organise autour de la «reconstruction» d’une seule et unique météorite, cette nouvelle série propose le «remodelage» d’une assez grande quantité d’objets. Reculer dans le temps.


Dans le monde entier, l’or est principalement utilisé pour la bijouterie, dans plus des deux tiers des cas en fait. Il n’est jamais pur, puisque sur Terre l’or pur n’existe pas. L’affinerie de la Monnaie royale canadienne a été la première au monde à purifier de l’or à 99,999%, en 1997. D’où l’intérêt de cette démarche amalgamant et refaçonnant différentes qualités du métal précieux.


Les forges travaillent l’or au moins depuis le chalcolithique, l’âge du cuivre de la préhistoire. Les plus vieux objets aurifères mis à jour, des bijoux de la nécropole de Varna (en Bulgarie) datent d’il y a 7500 ans. L’or est universel. Il alimente les mythes et stimule les rêves. Il pare les femmes et les hommes, les monuments et les villes. Il sert de monnaie d’échange depuis la nuit des temps. Les Perses en faisaient «la semence des dieux», les anciens Égyptiens «la chair du soleil». Les penseurs hindous y voyaient de «la lumière minérale» et les alchimistes du Moyen Âge européen «l’intelligence divine de l’univers».


Sa rareté dépasse celle d’à peu près tous les éléments. Il a été synthétisé par des générations successives d’étoiles, il y a des milliards d’années, avant de se déposer dans notre planète en formation sous la forme de flocons ou de pépites. La concentration moyenne terrestre de cette exceptionnelle création extraterrestre demeure mille fois moins importante que celle du cuivre. Il y a dix fois moins d’or que d’argent et pour l’extraire, le mineur doit le séparer des roches qui l’emprisonnent et l’orpailleur sasser des tonnes de sable. La quantité d’or découvert par l’humanité depuis les origines du monde permettrait de façonner un cube d’environ 20 mètre d’arête, à peine de quoi remplir le volume d’une grande maison canadienne. Une des idées organisatrices de cette œuvre collective cherche donc à retourner à ses origines une infime parcelle de ce minuscule tout, comme les origines de l’infinité intersidérale ont inspiré la première production. La transformation devient du même coup une reformation.


Les dons reçus (bagues, bracelets ou colliers), ont été photographiés et une courte légende explique leur provenance et leur signification. La taille de la pépite dépendait du volume d’or reçu. N’importe quel objet convenait. La seule condition à remplir : qu’il soit en or, peu importe son titre, son degré de pureté, ses carats. Il n’y avait pas plus de critère esthétique ou monétaire en jeu. L’appel à tous précisait d’ailleurs que je préférais recevoir des bijoux délaissés, négligés, oubliés, qui avaient peut-être eu une certaine signification mais qui n’en portaient plus, un peu comme un caillou tombé du ciel et enfoui depuis des millions d’années.


Un classeur documentera cette collection fortuite de bijoux. Un court texte expliquant l’origine du bijou et la décision de l’offrir accompagnera chacune des reproductions. Le travail créatif est ainsi sublimé, transmuté, comme l’Étoile l’est par les Satellites, le Monochrome et Impact. Un tirage à part sera d’ailleurs remis aux généreux donateurs en échange de leur participation à cette œuvre, la mécanique du don et du troc, court-circuitant les traditionnels rapports marchands.


Photons (le monde des idées) :

















La dernière section conclut la présentation avec deux pièces installées l’une en face de l’autre : une grotte et un œil.


La caverne représentée est au Parc des Buttes-Chaumont, à Paris, un site pentu exploité pendant des siècles pour en extraire du gypse, le minerai aussi banal qu’utile qui permet de fabriquer le plâtre. Une fois les carrières fermées, au Second Empire, Napoléon III décida de transformer les collines escarpées en jardin public et d’aménager dans les anciennes galeries une grotte ornée de fausses stalactites et de stalagmites, ici renversées comme le montre un examen attentif du rayon lumineux.


Le regard permet cette découverte, faite de connaissance et de reconnaissance. L’œil de verre placé face à la reproduction caverneuse est une copie de mon œil gauche.


La disposition scénographique, avec son œil fixe, les reflets portés sur une paroi, le jeu des ombres, évoque évidemment la célèbre allégorie de la caverne de Platon. Deux mondes existent selon Platon, le monde sensible, celui des objets perçus; et le monde des idées, celui des formes intelligibles. Le premier est une incarnation imparfaite du second. Le monde sensible est semblable à des ombres qui dansent sur un mur, selon la fameuse image. Les objets changent, la réalité se transforme, le monde sensible vit et meurt. Les idées, par contre, permettent d’atteindre la connaissance des réalités immatérielles et immuables, demeurant éternellement identiques à elles-mêmes, universellement valables, vraies partout, toujours. L’idée, selon Platon, c’est la «réalité vraie» et «ce qu’il y a de plus réel».


La reproduction photographique d’ailleurs intitulée Photons (Le monde des idées), questionne finalement cette idée platonicienne sur l’idée. Mieux : elle la renverse, la critique, la transpose et la transforme, en utilisant en plus la reproduction d’une fausse caverne dont l’image a elle-même été amplement manipulée et retournée à 180 degrés. La transformation semble se pastichée elle-même.


Au fond, la caverne témoigne plutôt de la fabuleuse capacité humaine à transformer le monde par l’imagination. Elle n’est pas le lieu des illusions, du mensonge, de la duperie ou de l’asservissement. George Bataille a fait du «miracle de Lascaux», cette «chapelle Sixtine de l’art pariétal», la trace marquante et déterminante de «l’expérience originelle» de l’humanité. Dans cette perspective, l’ornementation préhistorique des cavernes, comme cette création d’une grotte de pacotille, témoigne de la capacité humaine à imaginer, symboliser, rêver et créer. Dès ses premières sublimes manifestations, l’art témoigne de la croyance en un absolu et de la possibilité pour l’humain d’éclairer son existence par les ombres et les songes, de vivre par et dans les idées, d’être un être de reflets.


Cenote, Grotte :













Photon s’inscrit dans une série plus large consacrée aux cavernes. J’ai aussi photographié un grotte sous-marine créé par la chute d’une météorite de 10 km de diamètre et qui a creusé le célèbre Cratère de Chicxulub au Mexique, dans le Yucatan. Je vois cette photo comme mon chainon manquant. Elle réunit littéralement deux de mes obsessions, les grottes et les météorites. J’ai aussi photographié les parois vierges de dessin de grottes ornées dans le sud de la France et au nord de l’Espagne, en pays Basque, comme pour illustrer le syndrome de la page blanche.


Le temps, n’est-ce pas la capacité de transformation du monde? Ce travail artistique, héritier de la longue et fondatrice tradition humaine, interroge la révélation sous ses multiples sens. Il y a le dévoilement par la lumière dans ce monde des ténèbres. Il y a le dévoilement du lieu de l’art pariétal qui lui-même fait sentir sa présence, sans toutefois se dévoiler. Il y a aussi cette révélation au sens d’une manifestation du divin, cette espérance assouvie du miracle. La grotte ornée elle-même était peut-être, selon les plus récentes interprétations des spécialistes, une manière d’accéder à l’autre monde, celui du sacré. À la limite, ces œuvres enfouies dans les entrailles de la terre ne pouvaient peut-être se dévoiler qu’aux divinités et aux invisibles puissances organisatrices de l’univers visible. L’art et la grotte, l’art de la grotte, concentrent l’image et le reflet d’un grave et essentiel secret que l’angoissante interrogation toujours reprise par l’humanité n’épuisera jamais.


Sans titre (Œil) :

















Encore faut-il lire les signes, regarder le monde pour y puiser du sens, pour faire sens. D’où cet œil. L’œil, parce que tout l’univers est en lui, tout passe par lui, tous les mondes intérieurs et extérieurs. Un seul regard pour recomposer le monde. Un seul regard qui est aussi celui de tous les humains. L’œil, parce que comme le dit Shakespeare, «l’œil ne se voit pas lui-même : il lui faut son reflet dans quelque chose d’autre».


C’était aussi le plus petit objet habité, animé, conscient, auquel je pouvais penser.


Encore un passage d’un texte de Nathan Brown : «C'est un œil qui ne voit pas, mais qui préside la scène alors que nous regardons son non-regard aveugle. Telle la boîte sardine de Lacan qui scintille dans la mer, il attire notre regard. Et dans la mesure où nous nous mettons dos à lui, en direction de Photons, nous nous sentons être l'objet d'une préhension opérée par le Regard lui-même, occupant une position spécifique dans le champ de vision dont l'appareil photographique fonctionne comme prothèse. Dans l'installation de Baier, Le Monde des Idées est à la fois une image visuelle que nous regardons et une relation, qui doit être pensée, à un œil qui ne voit pas, à la non-visibilité.»


Ces œuvres permettent de passer de l’infinité des événements à la particularité plus ou moins admirable de l’avènement. L’art, comme la philosophie et toutes les formes de la pensée humaine ne doit pas seulement penser le réel : il doit montrer ce qui peut être. L’imagination, la spéculation, comme le dit le philosophe Quentin Meillassoux, s’intéresse moins au monde tel qu’il est qu’au monde tel qu’il à la possibilité d’être autrement. Meillassoux dit aussi que nous nous intéressons trop à notre relation au monde, et pas assez à la description du monde.


L’œuvre, ancienne, moderne ou contemporaine, n’est jamais résolue. Elle demeure à venir, à jamais inépuisée, en résonance avec l’immédiateté et en même temps de toute éternité. L’art est inaugural : il traite des origines et ne cesse de recommencer le monde.